13 janvier 2013

Uganda part two

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La lettre C se danse à deux comme le tango ou à trois comme la polka.

La lettre C se boit le matin comme le café, toute la journée comme le maté ou quand on a froid comme la vodka.

La lettre C pèse quelques grammes pour les corbeaux ou quelques kilos pour les vautours en quête de bouts de
papiers numérotés ou d'objets matériels convoités.

La lettre C est malheureusement universelle, à différents niveaux selon les contrées, variant d'intensité mais touchant toutes les sociétés.

Beaucoup de raisons l'expliquent. Beaucoup la tolèrent mais peu la combattent.

C visible comme un dollar, comme un euro, comme une valise, comme une montre luxueuse...

C donc la corruption.
Original pour parler d'un pays d'Afrique Subsaharienne(vous savez ce mot utilisé par les « experts »
pour ne pas dire Afrique Noire) me direz-vous ? C'est que ce mot est dans toutes les bouches, présent dans toutes les têtes, son odeur parfume de nombreuses ruelles. Souvent associé au mot politique, il est actuellement et très régulièrement en haut de « l'arbre à actualités » en Ouganda.

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Panneau caricaturant la corruption situé aux environs de Mbarara, sud de l'Ouganda.

4 éléments pour vous dresser un bref tableau(sans aquarelle) de ce que peut être la corruption.

1- Statistiques quand tu nous tiens ! La musique a son hit-parade, le cinéma ses awards, le football son ballon d'or, la corruption ses rapports et études. Pour cette dernière, l'ONG Transparency International réalise un rapport annuel dans lequel elle évalue le niveau de corruption dans 176 pays: http://cpi.transparency.org/cpi2012/results/

Dans ce classement, l'Ouganda occupe la 130ème Autrement dit il est, selon ce rapport, il serait le 44e pays le plus corrompu au monde.
Tous les pays africains ne sont pas parmi les plus corrompus, on trouve notamment le Bostwana à la 30e place(égalité avec l'Espagne)le Cap Vert 39e,le Rwanda 50e ou encore le Ghana à la 64ème.
Si ce rapport fait autorité dans le débat sur la corruption, sa principale faiblesse est qu'il mesure la perception des habitants vis-à-vis de différentes institutions ou acteurs de leur société. Ainsi il se focalise essentiellement sur la corruption la plus visible(policiers, juges, professeurs...) et évoquant
plus rarement la corruption plus opaque et autre délinquance économique( blanchiment, usage des paradis fiscaux, pots de vins dans le cadre de l'attribution de marchés publics...). Les chiffres et études « ne parlent pas, ». On les interprètent et les fait parler à notre guise. L’honnêteté et la
rigueur intellectuelle impose donc d'avoir conscience des critères et méthodes utilisés dans les travaux auxquels on fait référence.

2-Une des affaires en haut de l'agenda politique ougandais ces dernières semaines est le fait que la Suède, l'Irlande, le Royaume-Uni, la Banque Mondiale, le Danemark, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique ou encore l'Union Européenne ont récemment annoncé la suspension du versement d'une
partie de l'aide au développement à l'Ouganda. Ces décisions sont motivées(entre autre) par le fait qu'au cours du deuxième semestre de l'année 2012, on a découvert qu'une partie de l'aide destinée à des infrastructures au Nord de l'Ouganda, a été détournée(entre 4 et 11 millions d'euros selon les sources). Au total ce sont 300 millions de dollars qui ne seront pas versés, soit 7% du budget de l'état ougandais. Celui-ci dépend de 25 à 30% de l'aide au développement(35 à 40% une dizaine d'années plus tôt). Certains pays ont même demandé le remboursement d'une partie de l'aide déjà versée, comme la Suède pour 7 millions d'euros ou l'Irlande pour 4 millions. Lien vers un article évoquant le cas irlandais http://www.rfi.fr/afrique/20121106-ouganda-irlande-demande-le-remboursement-4-millions-aide-detournes

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Article de The East African de la semaine du 22 au 28 décembre.

3-Face à ce phénomène de corruption importante, qui comme je l'ai écrit, touche de nombreux pays,la société civile ougandaise n'est pas passive. Depuis quelques mois a été mis en place une plateforme internet NOT IN MY COUNTRY sur laquelle des étudiants peuvent signaler des cas de corruption. Extrait d'un article de The Economist évoquant cette initiative:

Lower-profile efforts are spreading too. Not In My Country, a web-based campaign in Uganda, encourages students to report instances of corruption—such as teachers demanding sex for higher grades. Next year it will launch a mobile app for people wanting to upload audio recordings of extortion attempts.

Lien pour l'article complet:http://www.economist.com/news/international/21568356-global-anti-corruption-efforts-are-growing-scope-and-clout-year-set-be

4- Anecdote de mon dernier séjour en entre fin décembre, début janvier.

Nous sommes en voiture avec trois cousins, un policier nous fait signe de se mettre sur le côté de la route.

Je descends de la voiture avec un de mes cousins. Le policier aborde mon cousin :
-How are you sir ?
-I'm ok.
-How is life ?
-Life is ok.
-Ok sir.And where is my christmas gift ?
Mon cousin s'écarte légèrement du bord de la route avec le policier et lui tape dans la main. Après que le policier l'ait salué d'un « Have a good day my friend », nous remontons dans la voiture.

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Posté par wokito à 09:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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